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Vendredi 12 Juillet
Le roi Mohammed
VI se marie aujourd'hui. Banderoles et drapeaux s'étalent partout
en ville. Les berbères danseront ce soir. Les couples marocains qui
auront également décidé de se marier en ce jour recevront
10.000 DH (1000 Eu).
Hier, je suis allé vers Tanalt avec Farid,
prendre quelques photos de cette contrée à la terre
multicolore. En l'espace de quelques mètres s'étalent toutes
les nuances de l'orange vif au marron café. Sur le retour, nous sommes
descendus par une piste cabossée et pentue jusqu'à un petit
village où réside Sadiya, la fille que Farid veut épouser.
Nous avons traversé le village sous les regards des curieux. Au
bout de la piste, un marocain nous accueille... il est en vacances dans les
parages, et travaille dans le 13ème arrondissement de Paris! Papotis et
demi-tour. C'est que Farid n'est pas très à l'aise : sa "liaison" avec Sadiya
doit rester secrète, hors
de question ne serait-ce que de lui parler en public. En repassant dans
le bourg, nous croisons un groupe de femmes qui se voilent jusqu'aux yeux à
notre approche. "Je l'ai vue! Je l'ai vue! Tu l'as vue?" trépigne
Farid, excité comme un môme du haut de ses 43 ans. "Bah...
moi j'ai vu que des voiles noirs."
Bientôt, il annoncera à ses parents
qu'il souhaite se marier. Si son père est d'accord, ils rendront
visite à la famille de Sadiya et demanderont sa main. Sinon, il ira
avec des amis. Encore est-ce là une forme plutôt émancipée
du mariage, puisque les familles décident de moins en moins du sort
de leurs enfants sans leur demander leur avis.
Dimanche 14 Juillet
La représentation de musique berbère
donnée en l'honneur du mariage du roi était soporifique,
un exercice de style sous les yeux du pacha (quelque chose comme le député
ou le maire chez nous) qui trônait au premier rang des chaises installées
à la hâte. Heureusement, Youssouf, Khalid et les autres ont
joué hier soir pour rattraper ça, dans un coin de cambrousse,
sous les étoiles, et plutôt bien! Guitare, banjo, percus...
Faiblement éclairés par les lumières lointaines de la
ville, blanches, les blocs de granit
semblaient vraiment être des nuages posés à nos pieds.
Même les étoiles filantes prenaient leur temps, le temps pour
nous de tourner la tête et de les regarder fondre lentement. Les airs
répétitifs nous ont doucement envoûtés, Jallal
a dansé comme un dieu (parole de manche à balai), jusqu'à
l'épuisement.
Depuis deux jours, le vent brûlant a pris le
dessus et le thermomètre attaque la quarantaine. Sieste obligatoire.
Ou bien refuge à l'internet café, frais. Les marocains qui
en ont les moyens y passent des heures, recherchant frénétiquement
une européenne sur le "chat". Principale qualité requise :
apporter le précieux visa. D'ailleurs on me demande souvent si je
ne connaîtrais pas une française qui souhaite épouser
un marocain, vite fait bien fait. Mesdames...
PS : ci-joint, deux photos qui témoignent de la transformation
qui est en train de s'opérer. Ahmed m'a suggéré de commencer
dès maintenant les démarches visant à obtenir la nationalité
marocaine.
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Avant
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Après
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Lundi 15 Juillet
Morceaux choisis :
"Pour moi, un jus d'orange de pomme." ("judorange"
pour "jus").
"...un paquet de moulinex à la boutique."
(kleenex)
Mon exploration de la vallée s'est poursuivie
hier avec un autre Mohamed, un colosse un peu inquiétant avec ses
airs de "dents d'acier" de James
Bond et son passif de champion du Maroc de full contact. Mais,
comme souvent au Maroc, sa gentillesse est dénuée d'arrière-pensée.
Nous visitons d'abord son village, Asguine, dans la vallée des Ameln.
Ici encore, de nombreux marocains expatriés en France ont construit
de belles bâtisses luxueuses. Cette partie de la vallée, à
flanc de montagne, est préservée de l'aridité par quelques
sources qui courent sous les roches et irriguent, par le biais de canaux,
les oliviers, arganiers, caroubiers et amandiers. Au coeur des vergers se
trouve un grand bassin à moitié plein, couvert d'une mousse
verte. L'eau qui coule de la source est répartie dans deux directions :
un canal propre où on la boit, et le bassin, qui irrigue les champs.
Un homme au type mauritanien (Farid m'a raconté
que les berbères employaient encore des esclaves venus du Sud quand
il était enfant) m'est présenté comme le partageur
des eaux. C'est lui qui manipule les aiguillages, obstruant tel ou tel canal,
et, surtout, qui comptabilise la durée des prélèvements.
S'il utilise aujourd'hui la montre à quartz qui est à son
poignet, l'ancien système, une sorte de clepsydre, est toujours là : un
récipient sculpté dans le sol, rempli d'eau. Il dépose à sa surface
une coupelle de cuivre percée d'un petit trou en son fond. Quand la
coupelle est pleine et coule (10 minutes), il la vide (plus ou moins vite
selon que le client est un ami ou non), fait une croix sur une pierre, et
recommence l'opération. Des graduations tracées sur la coupelle
permettent d'évaluer plus finement le temps écoulé.
Nous profitons de la fraîcheur, à l'ombre des arbres, loin de Tafraoute qui s'embrase. Lentilles cuisinées,
jus d'orange et de betterave, pastèque et thé "façon
sahraoui", fort. Quand le soleil a commencé à faiblir, nous
avons pris la route de Tagdichte, un village qui surplombe Asguine, niché
dans les montagnes. Les constructions y sont encore très hétéroclites,
les ruines de kasbahs côtoient quelques maisons en béton à
quatre étages. Le chef du village nous accueille, thé à
nouveau, doux celui ci. Il invite Mohamed, qui souffre d'un genou, à
aller consulter le médecin berbère du village. La nuit commence
à tomber quand un vieil homme fripé coiffé d'un turban
blanc nous reçoit dans une petite baraque traditionnelle plantée
au coeur d'un potager luxuriant. Ablutions, thé encore, parfumé
cette fois, puis on m'asperge copieusement d'un parfum entêtant en
signe de bienvenue. Le vieil homme allonge Mohamed et se met à manipuler
avec assurance cette immense jambe ponctuée d'un pied démesuré.
Au terme de cette séance de kiné berbère, on me prie
de sortir le temps de la prière. Dehors, le petit village résonne
des chants des hommes sous un cil de Lune. Une jeune fille vêtue de
façon traditionnelle vient à ma rencontre, me salue et pénètre
dans la demeure du vieil homme, d'où elle ressort quelques instants
plus tard pour dégainer un téléphone portable.
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