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Marrakech - Immouzer



Agadir, 26 Juin

Banderolle
    Je suis passé en coup de vent à Marrakech qui, bien que submergée de touristes, aurait méritée de s'y attarder un peu plus. Cette courte soirée m'a quand même permis d'entrevoir la fameuse place Djama El Fna, avec ses charmeurs de serpents, ses stands de grillades colorés, ses conteurs. J'y fais la connaissance de Heidi (elle-même s'étonne encore de ce prénom alpin dont on l'a affublée), une quinquagénaire voilée de noir qui dessine les tatouages ocres sur les pieds ou les mains de qui veut. Elle a passé quelques années à Sarcelles, d'où un français plutôt populo et des habitudes qui tranchent avec son apparence très traditionnelle : quand je lui tends la clope qu'elle m'a demandée, elle sursaute (surtout ne pas se faire voir), l'allume et la fume en douce sous son voile avec un regard malicieux, puis me fait ensuite tâter fièrement la canette de bière qu'elle cache sous sa djellaba.

    La route pour Essaouira est avalée en moins de deux. Je ressens l'étrange impression de partir en vacances au fur et à mesure que la côte approche : des résineux odorants Chomeurs prennent possession du paysage, le vent se fait plus rude, l'air devient moite, salin. Enfin, au sommet d'une énième colline, la ville et l'Atlantique apparaissent. Essaouira est une ville agréable, malgré l'effervescence due au festival gnawa, d'envergure internationale. La médina est blanche, les portes bleutées et leurs montants ocres. Rien a voir pourtant avec Chefchaouen, parée des mêmes couleurs. Ici, l'air chargé de sel a attaqué les murs, les peintures, qui offrent une palette saisissante d'écailles colorées. Et puis, surprise, pour la première fois au Maroc, les commerçants semblent avoir compris que l'Homo Touristus est allergique au rabattage agressif. On peut se risquer sans crainte à regarder un étal, voire à entrer dans une boutique! Ça participe au sentiment de paix qui règne ici, à peine arrivé.
Essaouira2     Le festival a drainé quelques 80.000 personnes cette année, ambiance conviviale et bains de foules à la clé, musiques lancinantes, répétitives, musique de transes pour le peuple gnawa. Quand le festival prend fin, la ville se vide et retrouve son charme paisible.
Essaouira Plus les jours passent, moins je me sens au Maroc dans cette ville cosmopolite, un peu trop lisse. Bien sûr, le moindre corner obtenu par la Corée, dernière représentante des outsider de la coupe du monde 2002, transforme le public d'un café en groupe de percussions, jeunes et vieux tapant de concert sur tout ce qui fait du bruit. Bien sûr, les hommes de tous âges se montrent leur amitié en marchant main dans la main dans la rue (un véritable tabou pour le mâle poilu Essaouira de chez nous). Mais c'est un autre Maroc que celui des montagnes. Le fossé est immense entre ces petits villages du Haut Atlas où les berbères vivent de façon très traditionnelle, parfois sans eau courante ni électricité, et les villes comme Essaouira où les couples ne se cachent pas, où la djellaba/babouche côtoie le décolleté moulant et l'escarpin. Entre tradition et libération des moeurs, le Maroc fait le grand écart.

    Pendant ces quelques jours entre Essaouira et Agadir, je fais peu de rencontres, tendance occidentale oblige. Si ce n'est un crapaud m'accueillant avec efroaaaalors que j'entrais sous la douche, et un bon gros scorpion jaune sous ma toile de tente un matin!
    Agadir : pas beau, glauque et malsain. A 60km au Nord-Est se trouve le petit village d'Immouzer, réputé pour ses cascades. Cascade En fait de cascades, celles que j'y trouve sont de pierre, sculptées par l'eau qui y coule quand c'est la saison. J'emménage chez Ali, qui habite une petite maison à deux pas des chutes ("et la salle de bain? ah oui, suis-je bête...aux cascades, bien sûr") avec sa femme et sa petite fille. Le lendemain matin, nous partons randonner. La journée est assez éprouvante de chaleur. Mon niveau de "sportif du Dimanche" fait piètre impression à côté de ce berbère qui galope dans la caillasse. J'ai bien observé sa technique, je crois qu'il ne réfléchit pas avant de se jeter dans la pente. Je me doutais bien que mon handicap était un excès de réflexion!

Vers chez la belle-mere d'Ali    Falaises, terre ocre, oliviers et arganiers noueux ployant sous les assauts des chèvres, femmes voûtées transportant un gros ballot de paille, grottes parées de draperies où des gamins se sont réfugiés pour taper le carton... À la tombée du jour, après treize heures de marche (et de pauses, moi ruisselant et lui fringuant et sec, énervant), nous atteignons le village perdu où vit sa belle famille (lui, il est certain de pas être emmerdé trop souvent par sa belle-mère). Leur bâtisse est faite de pierres, sur un niveau. La cour centrale, une trentaine de mètres carrés, sert de cuisine et permet d'accéder aux différentes pièces : salle a manger, chambre et étable des chèvres et des brebis. Derrière la maison, on puise de l'eau dans un réservoir d'eau de pluie. Un petit panneau solaire (très répandus au Maroc) couplé à une batterie fournit un peu d'électricité à quelques ampoules et à un autoradio faisant office de poste. À bout de forces, je m'allonge sur le toit tandis que les femmes préparent le dîner et cuisent le pain au fourneau. À ma droite, le soleil s'éteint derrière les collines en rougeoyant. A ma gauche, l'air trépidant que crache un poste de radio asthmatique poussé a fond, à l'autre bout du village, fait sortir une grosse lune ronde de la montagne. Le ciel est bien noir quand elle se pose à son sommet, comme un ballon. La musique s'arrête soudainement. Dans le silence du soir ponctué des cris lointains des chiens, le ballon s'élance dans les airs.
Cascade

    Le lendemain, nous nous levons à l'aube afin d'éviter la fournaise de la veille. Les collines sont vêtues de pastels verts et mauves. La mère de famille nous sert le café au lait (des Famille d'Ali chèvres), le pain chaud (du four), le miel (des ruches du bout du jardin), et nous repartons. Sur le versant de la montagne que nous descendons après avoir perdu de vue le village, un vieillard grimpe sans faillir suivi par son âne. Nous traversons plusieurs villages plus ou moins peuplés, plus ou moins ancrés dans les traditions. Dans celui-ci pas de photos. Dans un autre, non loin, un ancien s'entretient longuement - en public - avec Ali au sujet de la télévision satellite et de la marche à suivre pour pouvoir y voir des filles nues. Quand nous faisons une pose à flanc de montagne, Ali prépare le thé à la menthe (il emporte toujours sa théière en montagne, pour la menthe on trouve sur place) agrémenté d'amandes fraîchement cueillies. Nous traversons des plateaux couverts de thym et de lavande ou bourdonnent les abeilles au travail. La moindre plante, écrasée entre mes doigts, dégage une essence envahissante. Au milieu de l'après- midi, nous surplombons enfin les cascades d'Immouzer. Après une toilette dans l'eau fraîche des chutes, nous regagnons le foyer pour nous assoupir tranquillement, bercés par le bruit de l'eau.





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