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Er Rachidia - Marrakech




Marrakech, 16 Juin

    Aux portes du désert, Er Rachidia s'avère être une ville sans charme, un immense damier de rues perpendiculaires, bruyant et étouffant. Le seul souvenir sympathique que j'en garde est celui d'un papy qui vend des clopes a l'unité au coin d'une rue, et qui me demande une faveur : "quand tu rentres en France, faut que tu dises aux gens de chez Renault qu'ils mettent des frigos dans leurs moteurs, tu sais, parce que c'est pas bon les Renault, ça chauffe trop...". À bon entendeur.
    Le lendemain de mon arrivée, je rebrousse chemin comme prévu en direction de la vallée du Ziz. Un petit gars m'héberge dans sa famille durant deux jours, dans un Dans la vallée du Ziz bled qui jouxte un vieux ksar (les châteaux marocains) en terre, au Sud de Rich. Saïd et ses copains me font découvrir l'étrange paradoxe qui régit la vie sexuelle des marocains : étant donné qu'il est interdit à un garçon de sortir avec une Une femme du Ziz fille hors mariage, au risque de se faire attraper par un flic et dénoncer aux parents, la quasi-totalité des jeunes marocains (mâles) ont recours aux prostituées. Ces filles, en général assez jeunes (16 à 20 ans), sont souvent des berbères qui vivent loin de chez elles afin de ne salir aucune réputation. Contrairement aux relations hors mariage, la prostitution est très bien toléree. Une partie de jambes en l'air coûte au plus 20 Dirhams dans ces contrées reculées, c'est-à-dire le prix d'un demi dans un bar parisien. No comment.

    Je me ballade durant quelques jours le long de cette vallée luxuriante. Les maisons y sont faites de terre ocre mélangée à de la paille. Au goûter, les vergers offrent pommes, prunes et abricots à foison.
    Ma descente vers le désert est ralentie par la chaleur qui devient accablante. Je fais escale au Sud d'Er Rachidia, à la source de Meski, où je rencontre une famille (un couple et deux petits garçons de 2 et 5 ans) de baroudeurs français qui sillonnent le Maroc en Land Rover avé le GPS. Suivant à peu près la même route, nous allons nous croiser régulièrement, souvent par hasard, durant près d'une semaine. Pour commencer, ils me proposent de les suivre vers Merzouga (les dunes) en coupant par les pistes.
    Nous laissons donc la source après une nuit de fraîcheur et de soins anti-tourista. Hassan, un jeune berbère qui a tout du rappeur new-yorkais, nous accompagne. Quelques kilomètres plus loin, nous quittons l'asphalte pour la hamada (le désert de pierres). Les premiers kilomètres se déroulent sans encombres, même si le motard débutant que je suis, formé au périphérique parisien, peine à garder le cap dans la caillasse. Le tableau se gâte quand le sable tant attendu fait enfin son apparition. Premier tas de sable, première gamelle, ça avait pourtant l'air simple quand je regardais le Dakar a la télé! Je persiste, et réalise pour l'occasion quelques superbes figures qui pourraient sans doute intégrer un numéro de cirque, un numéro de clown j'entends... Puis je craque et demande le rapatriement : je veux du bitume, j'suis un parigo moi! Le Land part ausculter la piste à la recherche de terrain meuble. Pendant un quart d'heure je me retrouve seul en plein désert, un peu inquiet quand même. La silhouette vibrante d'un berbère apparaît au loin, et traverse le paysage d'un pas tranquille, sans même m'accorder un regard. Dans ce genre de situation, difficile d'imaginer le type pensant autre chose que "pfff, encore un de ces excités de touristes qui a perdu sa route, non mais j'vous jure". Le Land revient enfin, sans solution, je décide donc de rebrousser chemin. Demi-tour, re-gamelle au même endroit mais en plus joli, puis petit coup de vitesse façon rally dans les cailloux quand deux chiens teigneux jaillissent d'un campement pour croquer du mollet de blanc. Et, enfin, le macadam.
    Avec Hassan, nous reprenons la route classique en direction de Merzouga. En fin de journée nous atteignons Erfoud, puis la route prend fin. En face, un désert sombre de pierres charbonneuses à perte de vue, tailladé par quelques traces de 4x4. Hassan connaît bien le coin, heureusement. Nous roulons au pas depuis près d'une heure dans ce paysage lunaire où le soleil s'apprête a sombrer, quand se dessinent au loin d'immenses collines orangées, les dunes.

Du sable     Je prends résidence à Hassi Labied, non loin de Merzouga, au pied des dunes et de l'oasis. Les jours qui suivent sont un dur combat à l'assaut du désert, contre le chergui qui s'est emparé de la région. Ce vent brûlant rivalise avec le beau sèche-cheveux chromé du coiffeur. Le sable se mêle à l'air, aux cheveux, aux vêtements, aux draps. De 10h a 17h, activité lecture obligatoire, en prenant soin de ne pas tourner les pages trop vite pour ne pas transpirer. C'est donc à l'aube Du sable et au crépuscule que le désert se livre. Marcher au creux de cet océan de sable procure un étrange sentiment de curiosité teinté de crainte. Marcher, se retourner de temps en temps, marcher encore... Au loin, les maigres lueurs du rivage assurent le retour à bon port pour qui craint la noyade.






Le traceur de route dans le désert

      Anéanti par la chaleur, je laisse le désert à regret après quatre jours de lecture et d'escapades paisibles dans les dunes, transpirant mais apaisé. En direction du Haut Atlas, je rejoins Tinhrir, où le sable et la caillasse s'effacent devant Le voyage à Paris les montagnes de terre ocre. Non loin, les gorges du Todra, 300m d'à-pic vertical, entourent une petite rivière verte. En suivant la piste qui court le long de l'oued au creux de la faille étroite, on s'engage vers les sommets du Haut Atlas. Je m'arrête en altitude, à Tamtatouchte, bien décidé à continuer mon ascension mais le lendemain, quelques kilomètres après être reparti, je ressens soudainement les assauts d'un microbe berbère qui m'incendie le gosier et finit Homme du Todra par me faire rebrousser chemin. Le microbe s'avérera être salvateur puisque le lendemain la moto ne démarre plus.

      Deux bougies et 24h plus tard, je redescends la montagne avec une bonne angine et ma moto, cap au Sud-Ouest. Longeant le Haut Atlas, je dépasse Ouarzazate et m'arrête a Aït Ben Haddou durant deux jours. C'est un bled connu pour sa magnifique kasbah dans laquelle se bousculent régulièrement les méga-productions hollywodiennes type Gladiator, au grand dam de ses derniers habitants qui n'ont même pas l'électricité. Malika, une "retraitée" de MSF, habite là depuis 4 ans et tient le dispensaire de fortune. Le soir, les anecdotes vont bon train, entre rires de joie et larmes de rage. À minuit, en rentrant vers l'hôtel, une voiture nous accoste : "Malika, ma femme elle va accoucher".


Couleurs Couleurs     Hier, j'ai traversé le Haut Atlas par Telouet. Loin de la grande route qui relie Ouarzazate à Marrakech, cette piste ardue me mène sous un soleil écrasant dans des contrées où la terre offre toutes les nuances d'une palette qui va du blanc crayeux au rouge sombre. Rare est la végétation qui vient s'opposer à cette symphonie rouge. Pourtant, au coeur d'un des plateaux arides court une faille immense qui, quand on s'y penche, laisse éclater le vert à foison. Puis, en une vingtaine de kilomètres, au fur et à mesure qu'on gravit l'Atlas, le paysage se déchire et vire au noir en un décor fantomatique et glacial une fois les sommets atteints. Le soir, au terme d'une longue descente vers la plaine, je pénètre dans Marrakech la bouillante.





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