Après un départ laborieux,
dans le froid parisien qui m'a obligé à m'arrêter à

la première station service de l'A6 pour acheter des gants de jardinage
(!)
à mettre par dessus les miens (optimiste, je suis parti équipé
"désert"), puis à Orléans pour acheter une polaire et
des sous-vêtements thermolactyles, j'ai passé ma première
nuit de nomade près de Poitiers, dans le château de Pruniers.
Le lendemain, serrant de près un nuage bien noir
pris en stop à Limoges, j'ai atteint Toulouse complètement rincé.
C'était le 4 Mai, mon compteur indiquait trente ans, que j'ai bien failli
fêter chez BP à 20km de l'arrivée tellement il pleuvait.
Toulouse est toujours rose mais le ciel est invariablement gris, temps pourri
pendant près d'une semaine durant laquelle j'ai pu me consacrer entièrement
à l'étude de ma trajectoire et des bars toulousains, aidé
de mes fidèles guides touristiques locaux.

Dimanche dernier, j'ai enfin pu reprendre ma route vers
les Pyrénées, plus précisément St Lary. J'ai beau
savoir que tout ce coin est splendide, j'en ai malgré tout le souffle
coupé à chaque fois. Cette route, qui va de St Lary
à Ainsa en Espagne, traverse des endroits grandioses. Après Ainsa, on quitte les
montagnes pour découvrir une vaste plaine partiellement inondée
par la construction d'un barrage. L'eau y est turquoise, des cimes d'arbres
et un clocher d'Église dépassent de la surface. Puis, au fil

de la route, le paysage devient rapidement aride, constellé d'orangers,
de citronniers ou d'oliviers. Premier hors piste avec
la bécane
et première nuit à la belle étoile, dans un verger à l'Ouest de
Barbastro.
La descente vers Saragosse puis Madrid est très
longue. Les terres toujours plus arides m'amènent à me demander
comment le Sud de l'Espagne pourra être plus sec encore. Au détour d'un
virage, à 50km
de la capitale, le paysage se transforme brusquement en campagne à la française,
champs verdoyants et forêts à perte de vue.
S'ensuivent quelques jours à Madrid, que je quitte assez
déçu. Bien sûr, Zizou a mis un but magistral du gauche, en reprise de volée,
qui a permis au Real de remporter la coupe d'Europe. Grosse fiesta enflammée
le soir. Mais la ville est bruyante, éventrée de toutes parts
par des chantiers et barricadée de flics. Malgré mes efforts,
je n'ai pas retrouvé les coins chaleureux rencontrés quelques
années auparavant. Aux dires des madrilènes, les autorités
seraient en train de mettre la ville aux "normes européennes" : plus
d'alcool sur la voie publique, fermeture des bars vers 1h. Reste qu'entre
14h et 17h, ça ressemble toujours à l'Espagne : ville morte.
Ce soir, il pleut et il fait froid, et j'en ai assez de
Madrid. Demain, cap sur Grenade via les sierras désertiques.